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GOUVERNANCE

GOUVERNANCE

Le 

06

 

OCTOBRE

 

2026

 • Par 

Bastoun Talec

Qui tient vraiment le gouvernail de l’entreprise ? Pas seulement le dirigeant. Une organisation avance grâce à un cap partagé, des règles qui permettent d’agir ensemble et, surtout, des collaborateurs capables de prendre leur part de responsabilité. La gouvernance devient alors moins une affaire de pouvoir qu’un exercice collectif d’autonomie.

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Je finissais l’article « E comme Entreprise » sur une métaphore marine que je file ici afin de décrire le cours de toute organisation à l’aune de sa gouvernance : si l’entreprise peut s’apparenter à une aventure maritime, l’organisation s’amalgame souvent à l’embarcation avec à son bord équipage, capitaine etc… Quoique tenant son étymologie de « gouvernail », la gouvernance – ou gouvernement d’entreprise - s’avère irréductible à l’ustensile.


Quels éléments déterminent le cours de tout navire ? Outre son état, celui de la coque et du matériel (l’equity comprenant le Fonds de marque) et l’étendue aquatique sur laquelle il se lance (son marché…), trois choses déterminent le cours d’un bateau :


1/ Les aléas : la houle, les vents et courants porteurs ou contraires, les récifs etc…En somme tout ce qui lui arrive.

2/ Son cap et sa route : quelle est sa destination visée, évalue-t-il ses avancées et surtout ses prochains objectifs régulièrement ? Bref, garde-t-il peu ou prou le cap ? Le bateau se détermine par sa ligne d’horizon, ce à quoi il souhaite arriver.

3/ Ceux qui arrivent : la qualité des femmes et des hommes, de leurs relations à bord et la vitalité de tous les modes opératoires qui les régissent. Bref, de l’équipage, des lois de navigation et processus qu’il adopte pour prévenir toute dérive, voilà de quoi, enfin dépend le cours de tout navire.  


Comment donner à tout un chacun « le désir de la mer » selon le mot fameux, quoique probablement apocryphe, de Saint-Exupéry ? Comment embarquer les collaborateurs ? Que chacun tâte un peu du gouvernail et s’approprie quelques rudiments nautiques et vous serez surpris de voir combien toute organisation peut passer d’un pilotage parfois automatique (caricaturé par la loi des 5C : « c’est crétin mais c’est comme ça »), souvent mécanique (c’est à dire dans les mains d’un seul ou d’une seule) à une gouvernance organique, plus distribuée.


La gouvernance du XXI è. siècle gagnerait à s’écrire, se réviser, s’incrémenter ou se défaire selon ce triptyque :


1/ Ce qui nous arrive.

2/ Ce à quoi nous voulons arriver.

3/ Ceux et celles qui manœuvrent et ce dont ils et elles ont besoin pour bien œuvrer ensemble.


La gouvernance, livre de bord. Où l’art « d’onbaorder » puis d’aborder le réel, de s’aborder les uns les autres pour ensuite s’accorder sans se saborder.


Selon moi, la gouvernance désigne un corpus de règles et processus visant l’intégrité et la pérennité de l’organisation, vécue comme une embarcation.


Mais alors, il nous faut à bord seulement des gens à même de se gouverner eux-mêmes ? La question se pose d’autant que les détracteurs de l’entreprise pour adultes objectent souvent ainsi : « tout le monde ne veut pas être responsable ». J’entends que tout le monde ne puisse l’être. J’observe que les déficiences mentales, handicaps de toutes sortes ou même la difficulté à vivre affectent notre faculté de répondre de nos actes.  Si vous n’êtes pas psychiquement et chroniquement souffrant, ce qui vous empêche de prendre votre destinée en main, ce n’est pas la fatalité, « c’est ce qui n’est pas remonté à la conscience » d’après Carl Gustav Jung.


Personne ne veut ou ne veut pas être responsable. Tout le monde, en revanche ne peut endosser n’importe quelle responsabilité. Là encore, l’objection ci-dessus verse dans le piège ontologique (être ou ne pas être responsable telle n’est pas la question) et tombe d’elle-même.  


La foi mauvaise (le délit voire le crime) comme la mauvaise foi (l’incivilité, le refus de prendre sa part) corrodent le tissu social. S’il y a choix de société (il me semble que l’employé comme la Fondatrice, certes avec une intensité très différente, choisissent leur société) alors pour faire société chacun participe, prend sa part… de responsabilité. Des gens refusant de régner en leur propre royaume ne sauraient se gouverner. Sauf à recourir au dirigisme au mieux, à la tyrannie au pire.


L’heure n’est-elle pas venue de prendre (sa) part ?


Nos entreprises ont toujours plus besoin de gens ayant un chef, littéralement : à chacun sa tête. On ne saurait gouverner une population d’étêtés. Je n’ai pas de responsable. Je le deviens. Je ne suis pas chef. J’en ai un.  Sur mes épaules.  


La gouvernance s’apparente à un pari collectif renouvelé sans cesse. Lequel s’appuie sur un postulat intime : je gouverne mon propre royaume.


Là encore, la forme pronominale nous offre un joli exercice (comporte)mental en vue d’articuler le « JE – NOUS » :

·      prendre en main / se prendre en mains

·      laisser aller / se laisser aller

·      écouter / s’écouter

·      questionner / se questionner

·      informer / s’informer

·      demander / se demander

·      former / se former


…

« Il est bon de suivre sa pente » résume André Gide, « pourvu que ce soit en montant. »

La gouvernance, tenue à plusieurs, suppose de chacune et chacun de se gouverner soi-même.  

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