
Le
08
JUIN
2026
• Par
Soizic Thiébaud
Je suis un agent de la DGAC (Direction générale de l’Aviation civile) et depuis 2009, je travaille à l’ENAC (École Nationale de l’Aviation Civile). J’ai occupé diverses fonctions liées entre autres à l’enseignement et à la recherche. J’ai pendant quelques années animé le domaine d’enseignement Avion et Moteur composé de 6 enseignants, et depuis deux ans je suis responsable d’une division de 16 personnes, essentiellement des enseignants et enseignants-chercheurs.
J’ai découvert l’Holacratie grâce à Vincent Lagalaye. J’avais trouvé ça très intéressant à l’époque et j’avais essayé de l’utiliser pour l’animation de mon domaine. Malheureusement certaines personnes avec un peu d’expérience n’ont pas adhéré à ce fonctionnement, parce qu’elles le trouvaient à la fois extravagant et sans intérêt. Le bon mot serait peut-être “dérangeant”. C’était une vision assez hiérarchique du travail, car selon elles, c’est un chef qui prend les décisions et personne d’autre. Sur le coup j’avais laissé tomber.
Puis quand j’ai eu plus de responsabilités au sein de mon service je suis retourné voir Vincent pour entamer les premières étapes d’accompagnement par HappyWork. Depuis septembre dernier, j’ai mis en place une réunion plénière avec mon équipe de 16 personnes, et tous les 15 jours une réunion de triage en plus petit comité avec les trois responsables de domaine et l’animateur scientifique. On travaille sur un fichier Excel, avec différents onglets pour les indicateurs, les projets, les actions. Une feuille est posée sur la table pendant la réunion et chacun·e y note ses points d’agenda. Je suis le seul facilitateur de l’équipe à ce stade.
J’ai découvert la facilitation avec Vincent dans le cadre d’un projet personnel. Le projet perdure et depuis, on tient tous les quinze jours une réunion à trois que je facilite à certaines périodes.
En parallèle, cela fait une dizaine d’années qu’HappyWork intervient dans le master spécialisé dont je m’occupe. Chaque année, les élèves ont quatre heures d’ateliers de réunions de triage et de gouvernance. Ça me permet d’y assister à l’occasion et de me former en même temps.
Intégrer le process : on ne discute pas, on va droit au but.
Quand j’ai commencé à pratiquer avec mon équipe, l’enjeu était de mettre en place le cadre, sans faire peur aux membres qui ne sont pas du tout acculturés à la méthode. La difficulté a été de faciliter dans un environnement où les personnes ne connaissaient pas l’Holacratie et en plus n’étaient pas forcément en demande.
Absolument ! Comme le cadre n’est pas encore bien calé, je ne suis pas très fort pour identifier les tensions qui méritent d’être remontées au niveau de la gouvernance. Je gère encore beaucoup de tensions lors des réunions de triage. Activer le processus de gouvernance reste encore un défi pour moi. Le groupe doit monter un peu en compétence pour que la réunion de gouvernance ne se transforme pas en cours sur la méthodologie.
Et puis des fois, certains travers refont surface et on assiste à de longues discussions qui vont beaucoup trop dans les détails. L’idée c’est de recentrer.
Pour le recentrage, j'ai appris à le faire avec Vincent. On se rappelle à l’ordre, parfois c’est même un jeu. Alors j’essaie de faire de même avec mes équipes en délimitant les espaces de travail : l’espace de gouvernance, l’espace de triage et le reste du temps. On peut très bien se coordonner en dehors des réunions, et chacun est invité à en prendre l’initiative s’il en a besoin ! Lorsque je sens que l’on dépasse le cadre, je rappelle la méthode et j’invite à en discuter à d’autres moments.
À ce stade d’avancée dans mon équipe, ma satisfaction c’est surtout de fédérer petit à petit mes collègues autour de l’Holacratie et de leur montrer les bienfaits de la méthode. Même si ça ne fonctionne pas encore à 200%, ce n’est pas grave. Mon objectif premier est que tout le monde soit convaincu et ait envie de plonger dans le fonctionnement en Holacratie. Pour cela j’ai demandé à ce que certains de mes collègues suivent l’initiation proposée par HappyWork en juin prochain. Ils pourront être mieux formés, et le niveau montera d’un cran.
Je ne souhaite pas convaincre mes collègues via un argumentaire théorique sur les avantages et les inconvénients de la méthode. Mon approche se veut pragmatique. On utilise les outils et processus qui nous sont utiles et quand un besoin apparaît, on en exploite de nouveaux. Mon approche est donc plus un mélange de familiarisation, sensibilisation et d’ouverture mais toujours au service de l’action et de la coordination.
Et globalement mon équipe intègre peu à peu la méthode. J’essaie d’y aller progressivement pour qu’ils appréhendent bien l’Holacratie, mais aussi parce qu’on est tous très occupés et nous avons beaucoup d’autres sujets en parallèle. C’est ce que j’aime avec l’Holacratie : on peut attaquer par un bout et augmenter le niveau petit à petit.
Dans un premier temps je dirais les formations avec HappyWork, notamment celles de deux jours à Paris avec Bastoun Talec, ainsi que les ateliers avec mes étudiant·es dans lesquels j’ai pu participé quelques fois. Et dans un second temps, la pratique régulière. Les fiches m’aident aussi beaucoup. Je les ai avec moi, et celle de gouvernance est un véritable pilier.
Je demande aussi à mes collègues de me faire des retours lors du tour de clôture. Il y en a encore peu, mais j’avoue en être satisfait car ça veut dire que je ne les embête pas trop avec la méthode ! Elle se montre utile et se dévoile progressivement.
On m’a quand même dit que j’étais plus ouvert à ce que disent les autres : avant j’étais rapidement dans la recherche de solutions, mais depuis que je facilite, je prends moins les devants et ça laisse plus de place aux autres. Leur demander de préciser leurs attentes quand on traite les points à l’agenda permet de réagir avec plus de précision. Ce n’est pas parce que quelqu’un expose une situation compliquée qu’il cherche absolument une solution ou des conseils. Il souhaite peut-être juste partager l’information, ni plus ni moins.
Récemment, lors des entretiens annuels, j’ai indiqué à mes collègues qui participent aux réunions de triage bi-hebdomadaires que l’un de leurs objectifs est de se former à l’Holacratie. Je suis content car dans l’ensemble, tous ont plutôt accueilli ceci positivement.
Intégrer encore plus le cadre qu’offre l’Holacratie pour observer rapidement les bénéfices. Je dois aussi m’aguerrir à la facilitation des réunions de gouvernance “réelles” : traiter les tensions, les objections, comment réagir dans telle situation… Je n’ai pour l’instant fait ça que dans le cadre des formations.
Être à la fois à l’écoute, s’adapter, et en même temps recadrer. Aider les personnes à exprimer ce qu’elles veulent dire. Donc je dirai bienveillance, ouverture et rigueur.
Sauter le pas. Ne pas avoir peur de se lancer. Même si l’organisation initiale est approximative, elle intègre dès le début les processus d’évolution pour l’améliorer en fonction des besoins qui s'expriment sous forme de tensions ! L’organisation est vivante alors pourquoi attendre ! Peut-on prendre le risque d’essayer ? Ma réponse est “oui” !
Et de façon plus pragmatique, bien relire sa fiche de facilitation avant les réunions, ça aide beaucoup !
L’Holacratie est une approche novatrice qui recèle de nombreux outils et il faut toujours en avoir conscience. Personnellement ça correspond à ma conception du travail en équipe. Mes collègues sont la première richesse de la division, pas uniquement parce qu’ils donnent des cours de qualité et travaillent sérieusement, mais parce qu’en agissant, ils sont aussi observateurs, ils s’impliquent et vivent leurs rôles, ils sont capables de voir ou de ressentir là où ça cloche et d’avoir des idées pour améliorer la situation. L’holacratie leur donne un moyen de traiter ça alors que dans un système hiérarchique classique, soit on attend que le chef trouve une solution, soit on garde cette frustration. Si j’arrivais à faire que l’Holacratie se déploie et soit adoptée au sein de ma division, je le ressentirais comme une réussite professionnelle. Au-delà du système lui-même, c’est l’état d’esprit et la démarche que je trouve stimulants et libérateurs.
Et enfin, ce que j’aime beaucoup, c’est qu’on vient au travail/en réunion comme on est ! Même si on n’est pas en forme, qu’on a pas la pêche, on peut accepter nos émotions et en informer les autres. Le tour d’inclusion en début de réunion est à mon sens un moment clé. Je trouve ça important, l’humain est au centre de tout.






